Tony Elumelu : fondateur de The Tony Elumelu Foundation

Tony Elumelu fondateur de la fondation éponyme et un des principaux chefs d’entreprise d’Afrique, sera à l’Université d’été pour exhorter les chefs d’entreprise français à miser sur le continent africain. Il développe pour nous son programme visant à créer 10 000 entreprises nouvelles en dix ans.

Vous avez lancé en décembre 2014, via votre Fondation, un vaste programme visant à créer 10 000 entreprises à travers l’Afrique à l’horizon 2025. Pourquoi une telle initiative ?

Je suis né en Afrique, j’ai été formé en Afrique et c’est en Afrique que j’ai créé des entreprises performantes. Avec à la fois humilité et fierté, je peux dire que je suis une preuve vivante du potentiel qui existe sur ce continent. Pas seulement parce que j’ai travaillé dur, mais aussi parce que d’autres ont cru en moi. Quand j’avais 26 ans, mon patron et mentor de l’époque, Chef Ebitimi Banigo, m’a nommé directeur d’une banque. Il a vu un jeune homme de 26 ans et a considéré que j’avais les qualités nécessaires pour diriger une banque.

« La jeunesse africaine : un potentiel énorme ! »

J’ai hérité de cette confiance, je connais tout le potentiel de la jeunesse africaine. A travers mon propre succès, je suis à même d’offrir aux jeunes Africains l’opportunité de contribuer au développement de notre continent. Il est clair que la chance joue un rôle dans la carrière de chacun d’entre nous, mais je souhaite « institutionnaliser » la chance, en rendant les outils et le capital nécessaires au succès disponibles à une échelle sans précédent en Afrique et en investissant dans 10 000 start-up sur une période de 10 ans.

Le potentiel est là, la passion est là. Ce qu’avec ma Fondation, et plus important encore avec la jeune génération, nous voulons créer ce sont des solutions de long terme pour relever les défis de l’Afrique, des solutions qui jetteront les bases d’un développement durable, qui permettront aux entrepreneurs de changer leur propre existence ainsi que celle de tous ceux qui vivent autour d’eux. Franchement je crois que c’est la seule façon de faire. Si nous pouvons développer un secteur privé qui crée de la richesse et démontre une responsabilité sociale, nous pourrons même faire en sorte que l’Afrique donne des leçons au monde entier.

Quelles sont vos attentes pour l’Afrique ?

L’Afrique est un continent avec un potentiel énorme. Un continent qui peut bien sûr être auto-suffisant et qui peut abriter des industries à haute valeur ajoutée. Le choix des secteurs à développer est immense : l’agriculture, l’industrie, la technologie, les services … Et je ne mentionne même pas toutes nos ressources naturelles ! Notre jeune population est un de nos meilleurs atouts. Mais nous devons faire preuve de sérieux et de persévérance. Le chômage et l’économie parallèle sont des problèmes immenses, qui font le lit du mécontentement et de la radicalisation. Pourtant si nos gouvernements, nos partenaires internationaux et nous chefs d’entreprise, hommes et femmes, unissent leurs forces et travaillent ensemble, les résultats peuvent vraiment être spectaculaires. La voie ne sera pas facile et demandera du réalisme et du pragmatisme, mais c’est une responsabilité et une ambition pour chacun d’entre nous.

« Sérieux et persévérance »
Comment fonctionne votre  programme ? Quelles aides et quel accompagnement proposez-vous aux futurs entrepreneurs
?

Nous avons un processus très précis sur lequel nous nous appuyons et nous avons créé des outils technologiques pour nous aider. Cette année nous avons r enregistré plus de 45 000 candidatures ! Le portail où déposer sa candidature est ouvert du 1er janvier au 31 mars. Une sélection très rigoureuse est ensuite effectuée par un comité très qualifié et objectif. Le Comité de sélection retient 1000 entrepreneurs qui auront la chance de bénéficier de notre tutorat et de notre plateforme de formation sur une période de 12 semaines. Au cours de cette période nous les formons à l’entrepreneuriat et les aidons à développer un business plan qui tienne la route. Ces interactions avec les mentors, souvent via Internet, ont une importance cruciale et permettre de développer un formidable effet de réseau. Après cela nous distribuons les premiers fonds d’amorçage.

Nous offrons aux entrepreneurs sélectionnés une large gamme de ressources qui vont bien au-delà du capital de démarrage : formation, accompagnement, réseau… et notamment un forum de 3 jours « The Elumelu Entrepreneurship Forum » où ils peuvent rencontrer des politiques, des investisseurs et d’autres entrepreneurs pan-africains. Il s’agit d’une approche holistique dans le but « d’institutionnaliser » la chance comme ce fut le cas pour moi.

Combien de dossiers de candidatures avez-vous reçus ? Quels sont les critères d’éligibilité ?

Après deux années d’existence, nous avons reçu au total 65 000 candidatures. Cette seconde année a vu le nombre de candidatures doubler : comme je vous l’ai dit nous en avons eu 45 000 contre 20 000 seulement en 2015.

Pour être éligible, un entrepreneur doit être africain et avoir un business plan qui concerne l’Afrique. Il doit être âgé de plus de 18 ans et avoir les autorisations légales pour travailler dans le pays où est située son entreprise. Nous recherchons des idées de business ou des entreprises de moins de trois ans. L’entreprise doit viser la rentabilité, être centrée sur une seule activité et avoir été créée par les personnes qui déposent la candidature.

En avril dernier, devant le Chicago Council, vous avez également plaidé pour le développement de l’agriculture en Afrique et déclaré que transformer le secteur agricole, conduirait à transformer l’Afrique tout entière. Que convient-il de faire selon vous pour atteindre cet objectif ?

Comme vous le savez sans doute l’Afrique bénéficie d’un climat extraordinaire, de semences de grande qualité et d’une force de travail qui peut faire de l’agriculture une source de profit pour tout le continent. Il n’y a aucune raison pour que nous ne devenions pas plusieurs Brésil ! Mais pour cela nous avons bien sûr des défis à relever.

L’Afrique doit renforcer son commerce transfrontalier pour développer le réseau d’échanges entre fermiers de différents pays, pour fournir les ressources qui combleront les vides existants et pour développer des marques locales. Pour cela les gouvernements africains, avec l’Union africaine, doivent assouplir les restrictions commerciales actuelles et encourager les investisseur à d’engager dans l’industrie agro-alimentaire afin de mettre en place un environnement favorable.

A notre époque la technologie est fondamentale pour améliorer les process. Il faudrait intégrer la technologie dans les opérations de marché pour mieux gérer le temps, les matières premières et le travail.

« Mettre en place un environnement favorable »

Voilà quelques années, le gouvernement nigérian, à travers le ministère de l’agriculture alors dirigé par Dr. Akinwumi Adesina, qui est aujourd’hui président de la Banque africaine de développement a introduit un système de portefeuille électronique pour éliminer les intermédiaires dans la fourniture de fertilisants à usage quotidien. Des solutions comme celle-là sont nécessaires pour permettre à l’Afrique de renforcer son économie sur la base de l’autonomie et des exportations, le tout dans un mouvement de changement perpétuel.

Vous plaidez pour un Africapitalisme. Qu’entendez-vous par là ? Qu’attendez-vous des gouvernements et du secteur privé ?

L’Africapitalisme est la philosophie sur laquelle est fondée toute mon approche entrepreneuriale. C’est un concept qui plaide pour des investissements long-terme en Afrique, plutôt que des aides. Ces investissements long-terme sont une obligation pour pouvoir développer le secteur privé.

Je crois que les gouvernements africains doivent collaborer avec les nouveaux entrepreneurs, non pas en s’engagent directement dans ces nouvelles entreprises mais en fournissant un environnement favorable, pour diminuer le stress des jeunes entrepreneurs. C’est le rôle des gouvernements ! Le rôle du secteur privé est quant à lui d’investir dans des solutions maisons et de poursuivre à tout prix le développement des communautés d’entrepreneurs en particulier et de l’ensemble du continent africain en général. Nous n’avons aucune excuse !

En quoi la France et les entreprises françaises implantées en Afrique peuvent-elles vous aider ? Quel message allez-vous délivrer aux chefs d’entreprise français lors de la prochaine Université d’été du MEDEF ?

L’Afrique a une longue histoire de collaboration avec la France, le Nigéria tout particulièrement. Nous avons eu par le passé des relations bilatérales très productives.

Mon devoir en tant que leader du secteur privé africain, est de rechercher d’autres partenaires pour favoriser le commerce international.

« Mettre en place de nouveaux partenariats avec la France »

La France est une des économies principales du monde et a une expérience considérable d’échanges avec l’Afrique. J’espère que, à l’occasion de l’Université d’été du MEDEF, nous allons pouvoir mettre en place de nouveaux partenariats et renouer avec les partenariats existants. Ce d’autant que nous partageons les mêmes objectifs en ce qui concerne la création d’emplois. Je suis optimiste et pense que nous allons pouvoir dupliquer ce succès sur une grande échelle en Afrique !

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