Les jeunes entrepreneurs sont porteurs de l’avenir de l’Afrique

Journaliste, fondateur du magazine Trace, de l’agence de communication True, et cofondateur de la chaîne Trace TV, Claude Grunitzky est un serial entrepreneur emblématique de cette diaspora africaine qui gagne. En 2012, il lance True Africa, une agence dédiée à l’innovation numérique en Afrique, persuadé que les nouvelles technologies vont participer au développement de ce continent

Vous avez fondé True Africa pour promouvoir l’innovation numérique en Afrique. Quels sont les objectifs que vous visez à travers cette plateforme ?

Claude Grunitzky : Pour le moment, le site n’est consultable et consulté que depuis les pays anglophones. Mais à terme j’envisage de cibler également les pays francophones car je suis né au Togo, et aujourd’hui il est important pour moi d’avoir un média de qualité qui puisse exprimer les préoccupations de toutes les jeunesses d’Afrique, qu’elles soient anglophones, francophones, lusophones ou du Maghreb. J’ai toujours été journaliste ou entrepreneur dans les médias, et en fondant cette plateforme je voulais une approche originale pour interpeller les jeunesses africaines. Je m’adresse essentiellement aux classes moyennes émergentes et aux décideurs économique du continent africain. Bien sûr, je m’adresse aussi aux investisseurs et aux marketeurs qui ont un regard attentif sur l’évolution économique du continent. étant donné que je suis togolais, que j’ai grandi en France, puis en Angleterre et que j’ai fait l’essentiel de ma carrière aux États-Unis, ce qui m’intéresse vraiment c’est la diaspora entreprenante qui soit aussi concernée par ses origines. Quand j’ai commencé à regarder ce qui manquait dans le panorama de presse en Afrique, je me suis dit qu’il y avait des questions qui méritaient qu’on s’y attarde. J’ai donc exploré le terrain et commencé à construire avec mon équipe un canevas éditorial. Nous sommes alors partis sur un média qui cible les jeunesses à travers des sujets essentiellement culturels, car depuis la culture on arrive à parler de business et bien évidemment de politique. En même temps, je n’ai pas voulu trop circonscrire nos rubriques et nos sujets, même si nous voulions éviter le piège d’être trop généralistes.

Vous avez également initié plusieurs forums de jeunes entrepreneurs dans différents pays d’Afrique. Que voulez-vous transmettre aux jeunes Africains ?

Il n’est pas facile d’entreprendre en Afrique, mais il y est facile de micro-entreprendre. Il y a beaucoup de gens qui sont porteurs de micro-projets mais qui n’ont pas l’ambition que j’estime qu’ils devraient avoir. J’ai donc créé en 2011 un forum annuel de jeunes entrepreneurs au Togo, en partenariat avec le gouvernement togolais, les ambassades européennes et américaine ainsi que certains grands acteurs économiques. J’ai ensuite exporté ce forum au Burkina Faso et au Sénégal avec le soutien du département d’État américain. L’idée de ces forums est d’accompagner les jeunes entrepreneurs d’Afrique, et de partager des savoirs. L’objectif est vraiment de leur fournir des connaissances théoriques et pratiques nécessaires à la création d’entreprises innovantes et pérennes. Je me suis en effet rendu compte que toutes ces micro-entreprises étaient très souvent mal organisées et n’avaient pas de vision à long terme. Il ne s’agit pas seulement de leur apprendre à rédiger un business plan ou à faire de la comptabilité pour bien gérer leur trésorerie, il s’agit également de les mettre en lien avec des mentors qui pourront les assister tout au long de la phase d’amorçage de leur création d’entreprise. Pour moi, il était vraiment important de réunir dans un lieu unique des porteurs de projets et des professionnels susceptibles de les conseiller. Nous avons ainsi réussi à créer des liens et à favoriser des échanges entre ces jeunes pousses et de grandes entreprises du Togo, du Burkina et du Sénégal. Résultat, nous avons depuis 2011 dans notre vivier la fine fleur des jeunes entrepreneurs africains, à tel point que la majorité des prix qui sont décernés aux jeunes entrepreneurs d’Afrique par la France, les États-Unis, l’Italie, etc., récompensent très souvent de jeunes entrepreneurs issus de mes forums.

Vous défendez depuis toujours le transculturalisme dont vous êtes vous-même un symbole vivant : né au Togo, vous avez des origines polonaises, avez vécu aux États-Unis, étudié à Sciences Po Paris, puis à Londres. En quoi le transculturalisme peut-il aider l’Afrique ?

J’ai édité un livre sur ce sujet chez Grasset [Transculturalismes, ndlr]. Pour moi le transculturalisme, loin d’être une idéologie, est une réalité. Au-delà des mélanges ethniques et des métissages, il y a aujourd’hui une vraie révolution des échanges et des moyens de communication qui entraîne le monde dans des bouleversements sans précédent. Quand je circule en Afrique, comme je le fais tous les mois, et que j’arrive à connecter des individus au-delà des frontières, je me rends compte qu’Internet a vraiment consacré l’avènement d’une culture mondiale qui permet aujourd’hui aux jeunes d’Afrique d’affirmer leur identité dans un univers qui est parfois un peu déroutant. Mon rôle est de les accompagner dans leur manière d’appréhender cet univers et d’utiliser les outils fournis par les nouvelles technologies. Pour moi le transculturalisme, dans les pays émergents où je suis aujourd’hui actif, est une approche qui permettra aux jeunes de tracer leur propre route, en dehors des systèmes ethniques, de mettre en avant leurs valeurs qui sont parfois surprenantes et, à partir de là, de générer de l’activité économique. à partir d’une passion culturelle ou politique ou quel que soit leur tropisme, ces jeunes, grâce à une approche transculturelle, peuvent sortir de l’individualisme et participer pleinement aux échanges mondiaux qui sont actuellement en train de redistribuer les cartes dans un monde où les communautés et la solidarité n’ont jamais eu autant d’importance.

Quelles sont aujourd’hui les raisons d’être afro-optimiste ?

Pour moi c’est vraiment une question essentielle. à mon sens, il y a trois points importants. Tout d’abord, je constate souvent une forme d’angélisme dans l’afrooptimisme actuel. L’Afrique est à la mode, on fait la promotion de l’Afrique qui bouge où tout est en croissance, etc. Ce qui manque souvent dans le débat médiatique, c’est la controverse, la critique, la dénonciation des manques. Il faut mettre en forme une nouvelle approche de l’afrooptimisme qui permette de parler des vrais sujets et des vraies raisons pour lesquelles l’Afrique n’a pas avancé autant qu’elle aurait dû. Tout en restant optimiste, on doit débattre des problèmes de fond. Dans les activités économiques et entrepreneuriales on constate par exemple souvent un manque de professionnalisme et d’ambition. Ce manque de rigueur nous empêche d’avancer. Mais à côté de cela, il y a cette fine fleur dont je parlais tout à l’heure qui est extrêmement entreprenante, qui est portée sur l’innovation, qui arrive à se débrouiller pour trouver des solutions dans des situations extrêmement difficiles. Pour moi, c’est cette fine fleur-là, ces jeunes-là qui sont porteurs de l’avenir de l’Afrique et de l’afro-optimisme. C’est là le premier point. Il y a également un autre problème qui est la grosse colère de la jeunesse contre l’immobilisme des pouvoirs en place, qu’ils soient africains ou internationaux. Pourquoi y-a-t-il toujours 600 millions d’Africains qui n’ont pas accès à l’électricité ? Pourquoi y a-t-il des centaines de millions d’Africains qui n’ont pas accès à l’eau potable ? Je cherche en fait à offrir une tribune libre et ouverte aux témoins de cette grosse colère. On pourra déboucher sur une nouvelle forme d’afro-optimisme une fois qu’on aura débattu des sujets et compris pourquoi il y a un tel manque de volonté politique, pourquoi les infrastructures ne sont pas ce qu’elles devraient être et pourquoi la société civile n’est pas mieux mise en avant. C’est là le deuxième point. Enfin, ce que je voudrais dire aussi au sujet de l’Afrique anglophone et de l’Afrique francophone, c’est qu’on constate que l’Afrique anglophone est depuis un moment moteur du changement et de l’investissement qui crée des richesses. Sur la plateforme True Africa, les pays les plus dynamiques sont le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Il est donc vraiment impératif de raccrocher les deux “On constate que l’Afrique anglophone est depuis un moment moteur du changement qui crée des richesses. Il est donc impératif de raccrocher les deux principaux blocs linguistiques de l’Afrique, francophone et anglophone” voulons faire vivre True Africa en présentiel en dehors du Web pour faire en sorte que les gens se rencontrent et échangent autour de ces sujets liés à l’afro-optimisme. Quand on regarde aujourd’hui le paysage culturel mondial, on voit qu’il est dominé par les Africains ou les afro-descendants. Que ce soit dans la musique, le cinéma, etc., on voit qu’il y a une très forte progression des afro-descendants, mais souvent la richesse culturelle de l’Afrique n’est pas mise en avant. C’est pourquoi je cherche à illustrer des sujets qui renvoient à des sources réellement africaines, made in Africa, et pas seulement aux États-Unis.

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