L’Afrique pourrait devenir l’une des locomotives de la croissance mondiale dès 2030

Patrick Ulanowska Moynier est président de Truxtun Capital, une start-up genevoise qui commercialise une carte bancaire révolutionnaire. Avant cela, il est passé par l’humanitaire, la finance, la diplomatie et les médias. France 2020 s’est penché sur son parcours atypique.

SOS Racisme, la fondation Danièle Mitterrand, TV5, l’OIF auprès d’Abdou Diouf et aujourd’hui Truxtun Capital, vous avez un parcours étonnant et très diversifié. Qu’avez-vous tiré de toutes ces expériences

Tapez « Parcours étonnant et très diversifié » dans la barre de recherche d’une célèbre librairie en ligne et vous obtiendrez plusieurs milliers de résultats. C’est ce qui me rend légitime à vous dire qu’au fond je ne suis pas un être d’exception, mais peut-être tout simplement côté, ces parents m’ont assuré une certaine stabilité et de l’autre, ils m’ont appris que le monde pouvait être beau, que la réussite pouvait être belle, mais que rien n’est jamais acquis et que l’avenir appartient à ceux qui, conscients des obstacles à franchir, partent à sa conquête, quelles que soient les ressources dont ils disposent, quitte à échouer et à recommencer encore avant de transformer le plomb en or… Des conseils qu’ils ont imprimés sur ma feuille de route. C’est dans cette tragédie que mon parcours s’est construit. Toutes ces expériences sont bien sûr très riches d’enseignements. Quelques lignes ne sauraient suffire à les résumer ; ce serait faire injure à ce qu’elles m’ont apporté. Pour autant ces expériences m’ont enseié qu’il faut apprendre s’extraire du court terme et se projeter sur le longerme en privilégiant vitesse et l’action. S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon, ce serait celle-ci : tout choix implique irrévocablement le rejet de quelque chose d’autre et génère une trajectoire unique avec des résultats et des implications imprévues.

Via la création de structures successives, Truxtun Capital étant la dernière en date, vous avez remarquablement su construire un projet global et atteindre vos objectifs. Quels conseils donneriezvous aujourd’hui aux jeunes créateurs d’entreprise qui ont eux aussi l’ambition de contourner les difficultés et d’aller de l’avant ?

« N’abandonnez jamais ! » Voilà le meilleur conseil que je puisse donner. S’y ajoute ce qu’un grand sage a dit un jour : « Quand on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve. Quand on rêve à plusieurs, c’est déjà le début de la réalité. » L’intention première de celui qui entreprend doit être de repousser les limites et d’emprunter sans cesse de nouvelles voies, fussentelles celles de l’inconnu. Se remettre en cause, apprendre de ses erreurs, être à l’écoute du « collectif », voilà qui vous arme pour affronter la dureté du marché à l’international. Être déterminé, résolument optimiste, animé par une passion, tendu vers un idéal, voilà sans conteste des qualités qui ne me sont pas étrangères. Ce sont souvent celles des rebelles qui vous conduisent au succès. Mais attention, ces atouts ont aussi leurs corollaires, la solitude notamment, lorsque placé dans une situation d’adversité, vous ne pouvez compter le plus souvent que sur vousmême, aller chercher au fond de vous-même les forces nécessaires pour surmonter les difficultés qui peuvent être passagères, alors qu’elles vous donnent le sentiment de s’inviter quotidiennement sans vous laisser le temps d’une respiration heureuse. Mais lorsque vous êtes passionné par ce que vous faites, vous ne pouvez que vous en sortir, quelles que soient les difficultés ! Alors soyez persévérant ! Et un brun révolutionnaire, de sorte à bouleverser l’ordre établi. Ce qu’il faut, c’est agir, avoir le goût du risque, penser en dehors des règles établies pour innover et créer les succès de demain. Cela s’appelle le bonheur. Il reste que c’est une conquête.

Truxtun Capital développe un nouveau standard de paiement associant une carte bancaire acoustique et une application mobile. Comment cela fonctionne-t-il ? Quels sont les avantages de ce nouveau système ?

La révolution digitale a engendré un puissant mouvement autour du paiement, une attente prépondérante pour des services sécurisés, des évolutions réglementaires et de nouveaux comportements d’achat qui dynamisent l’innovation en matière de solutions de paiements, qu’il s’agisse d’innovations techniques ou de nouveaux services. Notre système de paiement qui combine une carte bancaire sonor définitif à la fraude au paiement en ligne et d’augmenter de ce fait la confiance des clients finaux. Désormais, pour effectuer un paiement sur Internet ou sur un mobile, il ne sera plus nécessaire de communiquer les détails de votre carte bancaire. Grâce au dispositif que nous avons conçu et qui est embarqué dans la carte, une simple pression sur un bouton situé sur cette dernière suffit à générer un son qui est différent à chaque utilisation, qui est non rejouable et non prévisible. Le serveur vous demande alors de composer votre code confidentiel à quatre chiffres sur votre mobile. De ce fait, aucune transaction ne peut être validée si vous ne disposez pas de ce code que vous êtes le seul à connaître et que vous pouvez modifier à tout moment ! Notre volonté a été de créer et d’opérer une solution de paiement construite sur les meilleurs standards du marché. L’objectif est atteint puisque notre concept technologique a été validé par MasterCard et séduit maintenant de grands émetteurs. Nous sommes très fiers qu’une banque américaine nous ait accordé sa confiance pour émettre en Europe, et plus particulièrement au Royaume-Uni, la première carte bancaire acoustique EMV FIDO® Certified qui devient la carte de paiement officielle des prestigieux clubs de football Manchester City et New York City dans le cadre du partenariat que nous avons conclu à haut niveau avec City Football Group, propriétaire de ces clubs comprenant entre autres Melbourne City et Yokohama City. Truxtun Capital est membre de FIDO Alliance, laquelle regroupe de grands acteurs comme Google, Samsung, Microsoft, Paypal, MasterCard, Yahoo, Ebay, Amex, Visa, Bank of America… L’objectif est de promouvoir au plan mondial un standard unique d’identification et d’authentification forte chaque fois que vous accédez à un portail en ligne, que ce soit celui d’un site marchand, de votre banque en ligne ou de votre boîte mail. Un seul identifiant et un seul mot de passe, notamment biométrique, pourront bientôt être utilisés quel que soit l’usage et sans qu’il soit besoin de retenir autant d’identifiants et de mots de passe que de sites visités. Cela contribuera à renforcer de façon considérable la sécurité, et facilitera la vie de chacun ! Après un an de travaux, nous avons obtenu la certification FIDO® pour notre solution, première du genre au plan mondial, ce qui nous ouvre des perspectives de commercialisation très importantes au plan international. Selon les chiffres communiqués par le consortium EMVco, ce sont quelque 2,37 milliards de cartes bancaires qui sont concernées par notre technologie. C’est dire le potentiel considérable dont nous disposons dès lors que notre produit, particulièrement disruptif, qui s’inscrit dans les évolutions suscitées par la directive sur les services de paiement de l’Union européenne (DSP2) notamment sur l’authentification renforcée, est en position de leader du fait qu’il n’existe pas de produits présentant toutes ces caractéristiques : la carte et son dispositif acoustique associé à un code confidentiel et/ou un facteur biométrique tel que le lecteur d’empreinte digital ou la reconnaissance faciale que nous avons implémenté avec un partenaire membre de FIDO Alliance. La première carte sera en circulation début 2017 après dix années de recherche et de développement ! Il a donc fallu s’armer de patience et faire preuve d’une très grande persévérance pour parvenir à un tel résultat, mais nous avons toujours été très confiants. Notre initiative démontre aussi que la carte bancaire est encore et toujours une magnifique plateforme d’innovations bénéficiant de la confiance du consommateur, d’un écosystème hyper vertueux en termes de sécurité et d’un business model maîtrisé par les banques. C’est probablement le meilleur outil de convergence et de dématérialisation associée, où l’utilisation de la biométrie et du multi-applicatif autorisent la réalisation de projets nouveaux et d’envergure, comme en atteste la carte bancaire acoustique FIDO® Certified Wega 3DSA MasterCard. Pour relever de tels défis, j’ai la chance d’avoir reçu le renfort de partenaires financiers suisses qui ont d’ailleurs souhaité que le siège soit basé à Genève. Nous avons conclu un accord de distribution au plan mondial et disposons déjà de sociétés distributrices en France, au Royaume-Uni, en Italie et aux états-Unis.

En octobre dernier, vous avez présenté vos solutions de paiement lors du salon Money 20/20 à Las Vegas (Nevada), un salon qui est à la FinTech ce que le CES est au numérique. Vos innovations vont fortement impacter l’économie numérique dans les années à venir. Pourquoi est-il particulièrement important que L’Afrique puisse y accéder ?

Cinq ans après sa première édition, le salon Money 20/20, qui a réuni cette année à Las Vegas les acteurs du paiement, a pu mesurer son succès et le chemin parcouru. L’affluence n’est sans doute pas étrangère au fait que le contexte macroéconomique a changé. Dans ce monde digital en pleine effervescence, de plus en plus imbriqué et divers, les rendez-vous se sont multipliés entre des jeunes pousses comme la nôtre et des acteurs traditionnels. J’ai été particulièrement frappé par la montée en puissance de la FinTech chinoise arrivée par le paiement, et qui supplante les services financiers des banques du pays auprès des particuliers. C’est, de mon point de vue, un fait majeur qui a de quoi faire réfléchir les acteurs occidentaux et qui m’amène à dire que l’Afrique pourrait être un modèle dans les sphères numériques et devenir également une des locomotives de la croissance mondiale dès 2030 avec deux milliards d’habitants. Les défis à relever sont énormes mais le continent dispose d’acteurs à fort potentiel pour provoquer ce phénomène, la stratégie du partenariat étant vitale pour se développer à l’international. Parmi les nombreuses mutations qui permettent à l’Afrique de s’imposer comme le continent de la croissance, l’essor de la sphère digitale, synonyme de développement économique et social, est incontournable. La bancarisation des populations, la lutte contre le blanchiment, la traçabilité des transactions financières, la gestion sécurisée des identités numériques, la lutte contre la fraude au paiement, l’inclusion financière qui doit permettre à chacun de disposer d’un compte bancaire et d’un moyen de paiement, voilà autant de sujets sur lesquels les états et les gouvernements sont très fortement mobilisés. Ils acceptent ces changements inévitables et ne cherchent pas à s’opposer à cette révolution afin de mieux tirer parti de cette mutation. Dans ce contexte, il serait inimaginable que des solutions performantes soient réservées aux pays riches et excluent tous les autres. C’est un enjeu de développement. Il en va de notre sécurité à tous et d’une certaine manière, de la paix, quand on sait de quelle manière sont financées les activités terroristes ! Cela dit, le continent africain est aujourd’hui doté d’un très fort potentiel, tant en termes de nombre d’utilisateurs que d’accès aux offres les plus l’absence d’infrastructures, répondre à de nouvelles habitudes de consommation ainsi qu’à un besoin d’interconnectivité que de nouvelles technologies comme la nôtre doivent être relayées par les acteurs économiques qui sont parties prenantes des perspectives formidables qui s’ouvrent dans le domaine des services financiers accessibles à partir d’un mobile. Avec plus de 700 millions d’abonnés mobiles, un chiffre supérieur à celui des États-Unis et de l’Europe, l’Afrique vit une véritable révolution numérique. Les modes de circulation de l’information, de l’argent, des biens et des services en sont profondément affectés. Cela a pour effet de démocratiser l’accès à la bancarisation et de structurer progressivement l’économie informelle tout en permettant aux états qui disposent du pouvoir de régulation et de normalisation de mieux se développer financièrement, notamment en collectant des impôts importants. La bonne gouvernance sera bien sûr aussi décisive qu’indispensable. Faisons confiance aux jeunes, 50 % de la population africaine a moins de 25 ans, et jeunesse rime avec innovation !

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